Projet de centre pénitentiaire de Magnanville
Projet de centre pénitentiaire de Magnanville

Photo d’illustration – centre pénitentiaire de Leuze

 

 

Puisque 2 minutes de vidéo n’est pas suffisant pour répondre à toutes les interrogations légitimes des riverains concernés par ce projet, vous trouverez ci-dessous la réponse complète que j’ai adressée à l’association qui s’est montée contre la construction de ce centre pénitentiaire :

 

Bonjour, 

Comme le savez, j’ai déjà publiquement pris position en faveur de l’installation de ce centre pénitentiaire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, je considère que l’on ne peut pas se réjouir des moyens mis en œuvre par le gouvernement pour restaurer l’autorité de l’Etat tout en refusant que ces moyens soient déployés dans nos territoires. Le « not in my garden » entendu de la part d’élus qui s’insurgent ailleurs du manque de places en prison relève d’une hypocrisie à laquelle je ne prendrai pas part, je l’assume pleinement. Ensuite, en prenant un peu de hauteur, je considère que l’installation d’un équipement de ce type sera une chance beaucoup plus qu’une contrainte pour notre territoire. Plus précisément, le ratio coût-bénéfice penche très largement du côté du second, ce que devraient d’ailleurs vous montrer les débats que nous ne manquerons pas d’avoir sur le sujet dans les prochains mois. Cela étant dit, je comprends parfaitement votre émoi et l’incompréhension qui peut être la vôtre alors que nous n’avons pas encore les détails des bénéfices que j’évoquais. Mon rôle, avec celui de la Préfecture et d’autres responsables politiques, est de sortir des postures politiciennes et, plutôt que d’attiser des peurs dont je ne conteste pas la légitimité, de tenter de vous expliquer les intérêts de ce projet pour nous tous.

Je ne doute pas que le Garde des Sceaux répondra à vos questions mais je souhaiterais d’ores et déjà revenir sur certains points que vous abordez dans votre lettre :

  • Réputation de Magnanville : on connait le drame qu’a connu cette ville et auquel son nom reste malheureusement associé, il n’est pas question d’en rajouter. A ce titre, le Garde des sceaux s’est engagé à mettre en place un travail commun avec les autorités locales sur la dénomination de ce centre pénitentiaire, le nom qu’il aura sera adapté au souhait de ses riverains.
  • Lieu d’implantation de ce centre pénitentiaire : j’entends vos réserves quant à l’argument de la proximité du Tribunal judiciaire de Versailles. J’en ajouterais un autre cependant : notre département souffre d’un manque criant de places de prison. On le voit à Bois d’Arcy où la surpopulation atteint 161 % avec 900 détenus pour 550 places. Continuer d’incarcérer des gens dans ces conditions, quel que soit leur crime, relève d’une inhumanité incompatible avec nos valeurs. La France est d’ailleurs régulièrement condamnée par les juridictions internationales pour cela.
  • Surpopulation à Magnanville : oui, je ne vais pas vous contredire, avec l’arrivée de plus de 700 nouveaux emplois, la population de Magnanville et des communes proches va croître. Mais ne croyez pas qu’il n’y aura aucune contrepartie, non seulement parce que l’Etat se doit d’accompagner particulièrement les territoires qui accueillent ce type d’équipement mais aussi tout simplement parce que la fiscalité locale va être dopée par l’arrivée du centre pénitentiaire. La population carcérale étant prise en compte dans le calcul de la DGF, celle-ci va croitre automatiquement d’au moins 20 % à Magnanville. La contribution économique territoriale qui est due par le gestionnaire du site va elle aussi augmenter. De plus, les commandes de l’établissement vont générer près de 5 millions € de flux financiers qui auront nécessairement des retombées sur le territoire. Tout cela mis bout à bout, ce sont des écoles, des transports, des routes, des services de santé en plus !  
  • Proximité des établissements scolaires : deux points par rapport à ça :

– J’imagine, en disant que cet équipement n’est pas compatible avec l’environnement de jeunes adolescents, que vous faites référence à des questions de sécurité : j’aimerais vous rassurer sur ce point puisque la sécurité du secteur sera bien sûr renforcée pour assurer la tranquillité du site et de ses abords. De plus, le ministère de la Justice sera en appui des demandes des communes et de l’intercommunalité dans le cas où de nouveaux ajustements devaient intervenir en matière de moyens de sécurité. Un appui de plus me direz-vous mais je peux vous assurer que celui-ci est déterminant dans les arbitrages qui sont rendus…

– Concernant l’insertion paysagère de cette infrastructure, je veux là aussi vous rassurer : on ne construit plus les prisons comme il y a 50 ans. Les bâtiments seront bas et quasiment intégralement cachés par des arbres qui sont soit déjà présents, soit qui seront plantés (déjà à une certaine maturité) dès le début du chantier. Je vous invite vraiment à regarder les nouvelles prisons en construction ailleurs (à Caen notamment). 

  • Respect de la loi Climat et Résilience : j’entends votre argument concernant l’artificialisation des sols et les objectifs de -50 % d’artificialisation dans les 10 prochaines années et de zéro artificialisation nette en 2050 mais ne faisons pas dire à la loi ce qu’elle ne dit pas. Il ne s’agit pas d’arrêter toute construction de nouveaux équipements, notamment ceux qui sont indispensables au bon fonctionnement de l’Etat. L’artificialisation est clairement définie dans la loi « comme le solde de l’artificialisation et de la renaturation des sols constatées sur un périmètre et sur une période donnés » (Art. 192). En d’autres termes, les terres qui sont prises à la nature ici devront être rendues ailleurs, si possible pas trop loin, et peut-être au niveau des friches industrielles dans le Mantois que vous évoquez. En toute honnêteté, je ne connais pas toutes les raisons exactes du choix spécifique de ce site, qui, je l’imagine, répond aux nombreuses contraintes inhérentes à ce type d’établissement, mais je ne doute pas que le Ministère saura vous apporter toutes les justifications nécessaires dans les toutes prochaines semaines.  
  • Saturation du réseau routier : là encore, il n’est pas question de vous abandonner, l’Etat sera au rendez-vous et le ministère de la Justice appuiera là aussi les demandes des communes pour ajuster le niveau des infrastructures. En lien avec ce que je vous disais précédemment, l’installation du centre pénitentiaire devra permettre un fléchage des crédits liés à la DSIL et à la DETR (qui servent, pour résumer, à accompagner les collectivités dans le financement de leurs infrastructures).
  • Evolution des prix de l’immobilier : vous évoquez des données indiquant une baisse prévue de 20 à 40 % de la valeur des logements. Je suis tout à fait prêt à regarder avec vous les données dont vous parlez. Pour ma part, je m’appuie sur l’étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (CREDOC) qui a montré que l’installation d’un établissement pénitentiaire n’avait pas d’impact séparable à la baisse ou à la hausse sur le prix des habitations à proximité, en comparant les transactions 4 ans avant l’implantation et après celle-ci dans un rayon d’un km autour du site et à l’échelle de la commune. 

Voilà les points que je voulais porter à votre connaissance aujourd’hui. J’ajoute une précision : ma porte est grande ouverte ! Comme je l’ai indiqué sur twitter à une personne dont j’imagine qu’elle doit faire partie de votre association : rencontrons-nous, discutons, échangeons. Tant que tout ceci se fait dans le respect des opinions de chacun et sans invective, et même si nous avons des désaccords, je peux aussi être votre porte-voix sur des points qui auraient échappé à la vigilance de l’Etat, je m’y engage.

Dernier point enfin, à connotation plus politique : je vous invite à rester prudent face aux engagements fermes des uns ou des autres en ces temps de précampagne électorale. Regardez les programmes, analyser les positions de certains élus (et l’absence de position du plus grand nombre…) et tirez en les conclusions que vous voulez. Pour ma part, je ne me cache pas derrière mon petit doigt, je vous dis clairement ma position et, tant que nos échanges restent courtois, je m’engage à tout faire pour que vous ayez des réponses à vos questions et pour que l’Etat tienne ses engagements.

 

Veuillez trouvez en complément mon courrier adressé aux élus les Républicains du 78 au sujet de la prison de Magnanville :

Lettre aux élus Les Républicains et Libres ! du 78 – Bruno Millienne (bruno-millienne.fr)