Communiqué de presse – Dérogation à l’interdiction d’usage de néonicotinoïdes
Communiqué de presse – Dérogation à l’interdiction d’usage de néonicotinoïdes
LIBERTÉ – ÉGALITÉ – FRATERNITÉ 

 

 

COMMUNIQUÉ

Paris, le 7 octobre 2020

 

Vote décisif de l’Assemblée nationale pour la sauvegarde de la filière des betteraves sucrières française

 

C’est dans un esprit de responsabilité que l’Assemblée nationale a adopté hier le projet de loi visant à accorder la possibilité d’obtenir une dérogation à l’interdiction de l’usage de néonicotinoïdes en cas de danger sanitaire pour, et uniquement pour, les cultures de betteraves sucrières.

En 2016, nous avons choisi d’interdire l’usage des néonicotinoïdes sans aucune alternative fiable. Nous avons plongé les professionnels dans une crise grave où les rendements ont chuté de 20 à 70 % face à l’absence d’outil efficace de lutte contre le virus de la jaunisse. Pour tenter de limiter leur perte, certains betteraviers ont même été contraints de recourir à des insecticides beaucoup plus dangereux, les pyréthrinoïdes. Vaporisés directement sur les cultures, là où les néonicotinoïdes sont enrobés autour de la graine, ils tuent tous les insectes présents, y compris les prédateurs des pucerons vecteurs du virus de la jaunisse, dont certains sont cachés sous les feuilles et ne sont même pas détruits.

Par cette décision difficile, mais courageuse, prise hier, les députés tiennent compte des erreurs passées et permettent la sauvegarde d’une filière d’excellence dont dépendent 46 000 emplois en France, parmi lesquels 25 000 agriculteurs, et une part importante de la souveraineté alimentaire de notre pays.

Les néonicotinoïdes ne sont pas une solution sur le long terme, et c’est pourquoi leur usage sera strictement encadré afin de limiter au maximum leur impact sur l’environnement. Par ailleurs, 92 % des néonicotinoïdes restent totalement interdits.

La solution pour mettre fin à leur utilisation ne doit pas consister à se rabattre sur des produits dont les effets sont encore plus contestables et contestés, ni à mettre en péril l’industrie sucrière française. Nous serions alors contraints de substituer du sucre produit en France par du sucre produit à l’étranger, selon des processus moins respectueux de l’environnement, et dont la composition et la provenance peuvent être douteuses.

C’est la raison pour laquelle le Gouvernement a construit, avec l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut Technique de la Betterave, un plan national de recherche et d’innovation doté d’un financement public de 7 millions d’euros sur 3 ans afin de trouver au plus vite des alternatives efficaces qui permettront de maintenir les rendements de la filière tout en sauvegardant la biodiversité. Ainsi, si une alternative à l’utilisation des néonicotinoïdes est trouvée avant 2023, la dérogation ne pourra plus être prononcée.

À ce titre, j’ai soutenu au cours du débat parlementaire le développement des haies bocagères qui permettront de créer de véritables réservoirs de biodiversité, en particulier de prédateurs du puceron. La haie représente également une alternative avec une diversité de pollen importante pour les abeilles. Enfin, c’est un outil très efficace pour limiter l’érosion des sols et favoriser l’infiltration des pluies dans les nappes phréatiques. Dans le cadre de la PAC, nous pouvons réformer les aides relatives aux surfaces d’intérêt écologique afin de mieux valoriser la plantation des haies bocagères autour des cultures.

Face à ces arguments pragmatiques, certains groupes ont choisi de se réfugier derrière une écologie dogmatique, à l’instar de celle qui condamne le nucléaire en oubliant que la seule alternative à court terme est le charbon, ou qui souhaite développer l’éolien tout en refusant de contraindre les passages d’oiseaux et d’altérer les paysages.

La transition écologique est indispensable, mais elle ne doit pas être déconnectée du terrain et des réalités économiques de chacun des Français. La mise en œuvre à marche forcée, sans alternative efficace, n’est pas une solution, à moins de vouloir consciemment privilégier une décroissance mortifère.

La loi adoptée hier s’inscrit dans cette démarche et, si nous ne l’avons pas votée de gaîté de cœur, nous ne pouvons que saluer l’esprit de responsabilité qui anime celles et ceux qui l’ont défendue et soutenue.

Bruno MILLIENNE 

Député des Yvelines – Conseiller régional et Président de l’Agence Régionale de Biodiversité Ile-de-France