Débat sur le projet minier « Montagne d’Or » en Guyane : Bruno Millienne alerte le gouvernement sur l’impact environnemental
Débat sur le projet minier « Montagne d’Or » en Guyane : Bruno Millienne alerte le gouvernement sur l’impact environnemental

La semaine de contrôle du 4 au 7 février à l’Assemblée nationale a été l’occasion pour le député Millienne de revenir sur le projet « Montagne d’Or » envisagé en Guyane qui constituerait le plus grand projet minier que la France ait jamais connu. Au nom du groupe MoDem et apparentés, il a rappelé les vives inquiétudes suscitées par ce projet tant au sein de la population guyanaise que parmi les parlementaires de tous bords à l’Assemblée nationale. Il a en particulier tenu à ré-alerter le gouvernement sur les risques réels liés à l’utilisation massive de cyanure tant pour l’environnement que pour les populations locales…

Une intervention à retrouver ici en vidéo :

L’intégralité des débats et la réponse du Ministre Rugy sont à retrouver en suivant ICI

 

« Madame la Présidente,

Mes chers collègues,

A l’initiative de notre collègue Serville et du groupe de la gauche démocrate et républicaine, nous sommes invités aujourd’hui à débattre d’une affaire distante de quelques dizaines de milliers de kilomètres de la capitale. Une affaire à laquelle la représentation nationale ne saurait rester indifférente.

La Montagne d’Or, c’est l’histoire d’un territoire où nombre d’indicateurs témoignent de la forte précarité économique dans laquelle les près de 288 000 âmes qui y ont élu domicile, sont plongées : taux d’illettrisme à 20%, taux de chômage à 21,5 %.

C’est l’histoire d’un territoire aux sous-sols riches en minerais précieux, qui font la convoitise de compagnies minières étrangères.

C’est l’histoire d’une population locale à laquelle ces mêmes compagnies promettent « monts et merveilles » pourvu qu’on les laisse s’adonner à l’exploitation des ressources naturelles de leurs sols.

En dépit de ces promesses et de l’aspiration légitime de nos amis guyanais à mieux vivre, ils se sont dits opposés à 69% au projet Montagne d’Or à l’occasion d’un sondage IFOP pour WWF. L’histoire de la Montagne d’Or, ils n’en veulent tout simplement pas.

Pourquoi ? Parce qu’ils ont jugé que le prix à payer était bien trop important au regard des bénéfices qu’ils pourraient en retirer.

Le prix à payer quel est-il ? Outre les hectares de déforestation, c’est le risque grave que l’on fait peser sur l’environnement du fait du recours massif au cyanure pour extraire l’or en Guyane.

Certes l’industrie minière recourt à ce procédé depuis 1888 et des progrès notables ont été réalisés depuis mais revenons un instant sur 2 évènements marquants. Ils ont eu lieu dans les années 2000’s.

Le premier c’est celui de Baia Mare en Roumanie, où le 30 janvier 2000, la rupture d’un barrage minier a pour conséquence ce qu’on qualifiera alors de pire désastre écologique depuis Tchernobyl : des tonnes de cyanure se déversent dans la Tisza et le Danube.

Le second a eu lieu le 25 janvier 2019 à Brumadinho au Brésil où là encore la rupture d’un barrage a entraîné le déversement dans la nature des tonnes de déchets miniers.

Tragédies humaines et environnementales, ces évènements nous rappellent combien le chemin est long avant que nous ne parvenions à concilier parfaitement développement économique et impératif écologique. Et pourtant il est une voie qui semble à toutes autres préférable : celle de la précaution.

D’autres s’y sont déjà engagés, à l’instar de l’Allemagne en 2002 ou encore de la République Tchèque, du Costa Rica, de la Turquie ou de la Hongrie qui ont été les premiers à proscrire l’utilisation du cyanure dans l’industrie minière.

Quelles que soient les contraintes prévues au niveau européen, elles ne seront jamais aussi efficace qu’une interdiction pure et simple concomitamment à la poursuite des travaux de recherche et développement visant à parfaire les technologies d’extraction en tenant compte de l’impératif écologique.

Le Président de la république l’a encore déclaré récemment : « On ne peut se permettre de lancer un projet qui ne répond aux standards environnementaux ». Car là est bien la priorité : l’Environnement !

La question que nous avons à traiter aujourd’hui mes chers collègues est celle de l’intérêt général contre les intérêts particuliers. Celle de déterminer ce que le premier nous commande de faire quand les seconds le négligent.

Le groupe Mouvement démocrate et apparentés n’est pas opposé par principe à tout projet d’exploitation minière. Il a en revanche estimé qu’il n’était pas concevable que ces exploitations soient menées au détriment de la nature, de la biodiversité et de sa préservation. Tout ceci dans l’intérêt exclusif d’une minorité. Les risques liés à l’utilisation massive du cyanure dans l’industrie minière sont réels, ils sont tels que la représentation nationale porterait une responsabilité immense à l’égard des générations présentes et à venir si elle ne se saisissait pas de l’opportunité qui lui est donnée aujourd’hui d’envoyer ce message fort à tous : la priorité c’est l’intérêt général, la priorité c’est l’Environnement !

Telle est la conclusion à laquelle le groupe Mouvement démocrate et apparentés est parvenu.

En conséquence, au-delà de ce débat, les députés du groupe souhaitent se joindre à l’alerte lancé par notre collègue Serville et le groupe GDR. Nous savons la vigilance portée à ce sujet par le Président de la République et le Gouvernement.

Il nous semble important que sur un tel sujet, plus que sur tout autre, la Représentation nationale puisse parler d’une seule voix, au nom de la responsabilité qui est la sienne, de représenter le peuple au mieux de ses intérêts et en l’espèce dans l’intérêt des populations locales confrontées aux risques sérieux de déversement de cyanure dans la nature.

N’attendons pas qu’un tel risque se réalise en France pour agir. Ne donnons pas raison à ceux qui pensent et écrivent parmi les actionnaires du projet Montagne d’Or, que le temps des responsables politiques français est si long qu’ils seront parvenus à leurs fins avant même que nous n’ayons agi.

Agissons.

Merci. »