Retour sur la mission de la délégation parlementaire au Niger
Retour sur la mission de la délégation parlementaire au Niger

Du 15 au 23 février dernier nous nous sommes rendus au Niger en mission parlementaire sous l’impulsion du Groupe d’amitié France-Niger, présidé par Jacques Maire.
Cela faisait 33 ans qu’une délégation de parlementaires français ne s’était pas rendue dans ce pays d’Afrique.
Le but de ce voyage, outre de resserrer les liens entre les parlementaires français et nigériens, était d’avoir une photographie, la plus exacte possible, de l’état du pays et de ses besoins.
Avant de vous faire un bref résumé de cette semaine qui s’est avérée très chargée tant les attentes étaient fortes, je tiens à remercier nos collègues Nigériens pour leur accueil, leur chaleur communicative et la franchise de nos échanges. Un merci tout particulier à Mano Aghali (président du groupe d’amitié Niger-France) pour sa beauté d’âme et sa grandeur de cœur.

SITUATION SECURITAIRE
La situation sécuritaire n’est pas optimale, mais peut-être pas aussi dramatique que ne le pense la communauté internationale. Pour autant les faits sont têtus :
– Sur 5600 km de frontières seule celle avec le Bénin est totalement sécurisée.
– Sur la frontière avec le Nigéria, Boko Haram tient une zone de 20 km de large pour 150 km de long. Ils attaquent régulièrement des centres de santé, des écoles et se livrent à du rançonnage dans la région de Diffa. Les capacités de ripostes sont limitées car Barkhane n’intervient pas dans ce territoire et que les Tchadiens se sont retirés du Niger.
– Sur la frontière avec la Libye on constate des attaques hebdomadaires sur les axes routiers. Depuis la mise en place de la lutte contre les migrations par l’Etat Nigérien, le trafic de drogue augmente.
– La frontière avec l’Algérie pose aussi problème car si elle n’est pas officiellement fermée (ouverte 2 jours/mois), on assiste à des expulsions régulières de centaines d’immigrés qui sont récupérés par l’OIM.
– Côté Mali, la situation est préoccupante car l’Etat malien est pour l’instant totalement absent et laisse la région aux mains des djihadistes.
Le Niger fait courageusement face à cette situation globale qui n’est pas, vous en conviendrez, la plus simple qui soit, avec un gros effort de renforcement de sa défense. Malgré tout face à l’ampleur de la menace les moyens engagés semblent limités.

LUTTE CONTRE LA RADICALISATION
Face aux différents échanges que nous avons pu avoir avec le Premier Ministre Nigérien, le Ministre d’Etat Bazoum, les représentants de l’Etat dans les régions, les sultans et la chefferie traditionnelle, tout le monde s’accorde sur la stratégie à suivre. Cette stratégie gouvernementale s’articule autour du concept de « renaissance culturelle » en mettant en avant la tolérance, le sens de l’effort et de la probité, l’intérêt commun et le sentiment national. La décentralisation étant une vraie réalité au Niger, les sultans et les chefferies traditionnelles sont très impliqués dans cette lutte contre la radicalisation car ce sont eux qui sont responsables de la nomination des imams.

LE TOURISME ET CLASSEMENT EN ZONE ROUGE
Ce classement en zone rouge de la majorité du pays et notamment de son fleuron que constitue Agadez et la région de l’Aïr a des conséquences importantes sur les recettes de l’Etat Nigérien. C’est un sujet qui est revenu quotidiennement sur la table tout au long de notre séjour. Le manque à gagner généré par ce classement est énorme. Cela a un impact socio-économique très fort et participe au développement d’une forme de désœuvrement, de trafics et dans une moindre mesure de radicalisation. Il faut impérativement que nous soyons en capacité d’adapter ce zonage à la réalité sécuritaire.

HCR et OIM
Le HCR est sous tension et apprécie à sa juste valeur l’aide apportée par la France en matière d’asile. Il apprécie que la France ait été suivie dans son action par la Suisse et le Canada et quelques autres pays européens. Néanmoins, cela reste insuffisant, notamment pour les mineurs qui ne sont acceptés qu’en Italie. Quand les quotas Europe/Canada seront épuisés, il faudra trouver un moyen d’élargir les partenariats avec d’autres pays.
Le HCR se félicite de la fluidité des rapports avec l’OFPRA.
L’OIM de son côté renforce la prospection dans le domaine des retours volontaires des migrants dans leur pays d’origine. Il faut se féliciter de son dynamisme en la matière. Les retours vers les pays d’origine se font en général en moins d’un mois. En revanche on peut regretter l’absence de volonté de coopération de l’OIM avec les Forces de Sécurité Intérieures. En effet, l’OIM ne communique pas les informations qu’elle recueille, sur la base de déclarations spontanées, des migrants sur les passeurs. Cela s’apparente à de la non dénonciation de crime par une autorité quasi publique. Une concertation sur ce point avec l’OIM parait indispensable.

LA MISSION D’EUCAP SAHEL
EUCAP Sahel Niger intervient en appui des Forces de Sécurité Intérieures au travers d’un mandat portant sur 5 missions : interopérabilité entre forces, soutenabilité-durabilité, coordination internationale, formation et migration.
Les moyens consacrés à ces missions sont très importants et bien perçus par les nigériens. Néanmoins, leur demande aujourd’hui est d’aller vers des approches plus qualitatives et de plus longue durée, ainsi que sur des expertise plus pointues (explosifs, terrorisme, drogue, …)
Les Nigériens souhaitent notamment que les formations dispensées soient plus en prise avec la réalité du terrain.

LES AIDES FINANCIERES ET LA COOPERATION DECENTRALISEE
Les nombreux financements du Fonds Fiduciaire d’Urgence avaient en partie pour objet de proposer des activités alternatives aux populations vivant des prestations aux migrants notamment dans la région d’Agadez. Depuis l’entrée en vigueur de la loi 2015-036 interdisant le trafic de migrants, la migration montante est sur le déclin mais non encore éradiquée. La population demande une accélération des projets de développement. Les élus, eux demandent à être plus impliqués dans ces projets afin d’en permettre une gestion plus efficace, rapide et locale.
L’Agence Française de Développement malgré une montée en puissance voit son action, pourtant réelle, peu ressentie par la population. L’augmentation des financements de l’AFD lui pose des problèmes. La capacité de gestion de l’aide par le bureau local semble plafonnée à 100M€, partagés entre prêts et dons. Visiblement le bureau local de l’AFD au Niger est en cruel manque de ressources humaines. L’accélération de la mise en œuvre des financements doit donc obligatoirement passer par une évolution des pratiques internes et externes. Nous nous emploierons à faire passer le message.

AIDONS AU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE DU NIGER
En dehors de ces aides il faut nous employer à développer les PME et les micro-entreprises. Comme mentionné lors du discours de Ouagadougou, notre coopération doit prendre le virage du développement du secteur privé. Même si le financement des politiques publiques reste la base, il faut développer le tissu local de PME afin de créer un emploi productif visible de tous.
Les Nigériens ont tout autant besoin d’infrastructures publiques que de projets ou de micro-projets immédiatement impactant et visibles sur la population.
Ils ont également de grands besoins de formations des populations dans tous les domaines : plomberie, électricité, maçonnerie, menuiserie, agriculture, etc…
Il nous faut capitaliser sur la grande responsabilité des grosses entreprises françaises comme Orange ou Orano (ex-Areva) qui restent au Niger malgré une conjoncture économique, sécuritaire et fiscale qui rend ce choix coûteux. Les Nigériens n’aspirent qu’à une chose : rester chez eux et vivre en paix. Vivre de leur travail. Nous pouvons les aider à développer le tissu économique. Ce serait de notre part un choix responsable car en aidant au développement économique du pays nous aiderons à sa sécurisation. Et quand nous disons « aider », ce n’est pas « faire à la place de ». C’est tout simplement leur donner les moyens du développement économique dont ils ont besoin.

 

Retrouvez ci-dessous les photos :