Proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme : intervention de Bruno Millienne pour le Groupe MoDem
Proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme : intervention de Bruno Millienne pour le Groupe MoDem

La résolution proposée par Sylvain Maillard et plusieurs autres députés examinée et adoptée ce 3 décembre à l’Assemblée nationale visait à mettre en oeuvre la définition de l’antisémitisme proposée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) en la diffusant largement auprès des autorités judiciaires et répressives.

Retrouvez la prise de parole de Bruno Millienne au nom du groupe MoDem et apparentés.

 

« Monsieur le Président,

Monsieur le député Maillard,

Mes chers collègues,

La recherche de la concorde entre les individus, de pays, d’opinions ou de confessions différentes est l’idéal qu’a toujours poursuivi ma famille politique et nous savons combien les sujets religieux et identitaires viennent parfois le compromettre.

Le groupe Mouvement démocrate et apparentés se sent totalement solidaire de ce combat. Il a même été pour beaucoup d’entre nous la raison de notre engagement politique. L’antisémitisme, et toutes les formes de racisme, n’ont pas sa place dans notre République et cela nous devons le réaffirmer autant que nécessaire.

Car si la démocratie a un ennemi, c’est bien dans le camp du fanatisme, de l’intégrisme et de l’ignorance que celui-ci trouve ses plus grandes forces.

C’est pourquoi notre République a très tôt compris l’enjeu que représentait pour elle l’instruction, celle qui permet de s’élever un peu plus haut que soi, d’être à-même de pouvoir se forger une opinion et d’être capable de saisir l’immensité du savoir, de la connaissance, qui forme notre commune humanité.

Nous savons aussi que cette tâche est sans cesse à recommencer et que chaque génération porte la responsabilité de s’y tenir.

Notre temps est traversé de convulsions qui donnent lieu à des actes de la plus extrême barbarie. Vous en rappelez monsieur le député : agressions, injures, meurtres, profanations, notre pays, comme beaucoup d’autres en Europe connaît une recrudescence de la violence à l’endroit des juifs.

Et nous savons que cet antisémitisme prend racine pour une large part dans un conflit et dans des affrontements qui dépassent largement nos frontières nationales.

Vous le dites parfaitement Monsieur Maillard, l’antisémitisme du XXIe siècle a changé. Il est porté au nom de causes différentes, mais les motifs de sa haine restent, quoi que l’on en dise, toujours les mêmes. Mêmes injures, mêmes stéréotypes, mêmes a priori, l’ignorance et la bêtise n’ont jamais eu beaucoup d’imagination mais crient toujours plus fort que tout le monde.

« La colère des imbéciles remplit le monde », écrivait déjà Bernanos dans ses grands cimetières sous la lune. Il revient aux hommes de bonne volonté de ne pas y succomber et de tenir ferme la voix de la mesure, la seule qui puisse éviter que le monde ne se défasse.

Et pour cela je ne connais qu’une seule exigence : la fraternité. Et qu’un seul moyen : rassembler.

Rassembler c’est se tenir à égale distance des uns et des autres. C’est n’être pas pris dans le jeu des soubresauts de l’actualité qui enferment et condamnent à être le jouet d’un destin qui vous domine. C’est tracer au-delà des événements  de notre quotidien les conditions de la vie citoyenne et de la concorde.

Rassembler c’est aussi saisir dans un même mouvement toutes les données d’un problème pour en trouver une issue par le haut et pour tous.  

C’est enfin créer les conditions du rassemblement.

A l’évidence, celles-ci ne sont pas ici réunies.

D’abord parce que le motif retenu est loin, très loin de faire consensus. Utiliser le mot « antisionisme » en lieu et place d’antisémitisme pose question. Je sais que vous ne faites pas cette confusion et chacun voit de quelle réalité l’on parle lorsque l’on y recourt.

Mais attester de sa validité même qui recouvrirait une réalité de fait à laquelle chacun pourrait se référer, c’est nier sa polysémie, l’étendue de ses définitions. Et c’est un terrain sur lequel nous croyons qu’il est risqué de s’engager.

Chacun reconnaît le travail fait par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Travail de sensibilisation, d’information.

Nous savons aussi l’inquiétude de cette organisation et d’autres face à la montée des menaces qui pèsent sur Israël et l’honneur de la France a toujours été de défendre à la fois l’inaliénable droit à l’existence d’Israël et sa coexistence avec un Etat palestinien.

Mais chacun sait aussi les difficultés qui sont celles du législateur lorsqu’il veut écrire et décrire l’Histoire à la place de ceux dont c’est la charge. Rappelons-nous les débats intenses qui eurent lieu lors du vote de la loi Gayssot. Elle fut alors très contestée par des femmes et des hommes dont la probité ne saurait être discutée, je pense notamment à Simone Veil, Robert Badinter ou Pierre Vidal-Naquet.

Le mérite de cette loi, et la raison pour laquelle elle a subsisté, c’est qu’elle entendait lutter contre « tout acte raciste, antisémite ou xénophobe ».

En la matière, il faut se garder de toute méprise et de toute initiative qui pourrait s’avérer contreproductive à propos d’un sujet aussi difficile et multiforme. Vous savez bien les controverses que suscite la définition que vous nous proposez d’adopter. Si nous ne sommes pas dupes de ce qu’elle est largement alimentée par des groupes dont les intentions sont tout sauf innocentes, nous voyons aussi les limites qu’elle imposerait à l’usage.

Précisément, si l’on veut que l’antisémitisme soit combattu dans toutes ses dimensions, en donner une telle définition c’est forcément limiter sa portée.

Il faut se rendre à l’évidence, il n’y a pas de consensus sur cette résolution qui échoue à atteindre le but qu’elle se fixe : rassembler.

Alors que nous connaissons la fragilité de notre corps social, ses crispations et ses passions,  il nous revient en tant qu’élus de ne pas faire de distinction et combattre avec la même résolution, en même temps, toutes les formes d’incitation à la haine.

L’universalité est l’un des grands principes de notre civilisation. C’est celui sur lequel nous entendons fonder notre action.

C’est pour cette raison que nous considérons que ce sujet aurait dû être abordé d’un point de vue global, en traitant de toutes les questions, toutes les problématiques, tous les aspects du sujet. C’est pourquoi nous soutenons l’idée de la création, portée par nos collègues de la République en marche, d’une mission d’information dont l’objet sera précisément de faire un état des lieux des formes nouvelles que prend le racisme de nos jours.

C’est je crois la seule issue possible pour trouver les voies du rassemblement qui, je le sais, nous anime toutes et tous.

C’est ce message que nous devons relayer : celui d’une République qui prend en compte le devenir de tous les citoyens.

En attendant, le groupe du Mouvement démocrate et apparentés s’abstiendra sur ce texte et laissera la liberté de vote à chacun de ses membres.

Je vous remercie. »