Tribune : « Le patronat est appelé lui aussi à s’engager pour un nouveau contrat civique et social »
Tribune : « Le patronat est appelé lui aussi à s’engager pour un nouveau contrat civique et social »

« Le patronat est appelé lui aussi à s’engager pour un nouveau contrat civique et social »

 

Il fallait « un geste fort ». Les annonces du Président de la République – défiscalisation des heures supplémentaires ; augmentation de 100 € par mois du pouvoir d’achat au niveau du SMIC et annulation de l’augmentation de la CSG pour les retraites de moins de 2000 €, ont le double mérite de répondre à la fois à l’urgence qu’il y avait à tendre la main par souci d’apaisement et d’accélérer les mesures de redistribution en faveur du pouvoir d’achat pour nos concitoyens les moins favorisés. Mais ce n’est pas le seul enseignement de la parole présidentielle.

« J’ai besoin que nos grandes entreprises aident la Nation à réussir ». Par ces mots, et en proposant de réunir les grands patrons dans les jours à venir, le Président Macron a souhaité envoyer un message aux grandes fortunes et entreprises françaises ; un message politique aussi fort peut-être que celui envoyé aux Gilets Jaunes et la France qui souffre.

La prime exceptionnelle défiscalisée, effort demandé aux entreprises afin qu’elles versent à leurs salariés une prime exceptionnelle, sans impôts ni charges, jusqu’à 1000 euros par salarié ; tout en concevant que toutes n’en auront pas la capacité ; marque une avancée majeure vers un nouveau paradigme. Certaines grandes entreprises s’en sont saisies. C’est un début. Elles peuvent faire plus.

Les entreprises du CAC 40 sont appelées à s’engager, à l’image de deux de leurs patrons qui ont récemment appelé à davantage de générosité des plus riches, pour une meilleure répartition des gains qu’elles tirent de leur activité, avec 93,4 milliards d’euros de bénéfice réalisé en 2017.

Rappelons que l’Etat consacre depuis 2013, près de 20 milliards d’euros chaque année en allègement de la fiscalité pesant sur les entreprises, et celles du CAC 40 en ont largement été bénéficiaires. Si leur compétitivité semble avoir été améliorée par le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), il apparaît clairement que l’impact sur l’emploi est insuffisant tant quantitativement que qualitativement. La question de la modulation de cet avantage fiscal aurait sans doute dû être posée ; pour accompagner prioritairement les TPE et PME.

Les circonstances actuelles doivent interroger tant les pouvoirs publics que les entreprises. Elles portent la responsabilité de la distribution des richesses, et partant, des disparités entre les individus, notamment entre salariés, cadres supérieurs et grands patrons mais aussi et avant tout entre salariés et actionnaires.

Le salarié doit retrouver toute sa place dans la répartition des richesses. Une répartition qui se doit d’être plus juste et reconnaître la part importante du travail des salariés dans les résultats de leur entreprise. Sans cela je crains que la même grogne qui s’exprime, aujourd’hui dans la rue, ne s’étende avec violence au point originel de la fracture sociale : la rupture d’égalité entre ceux dont le travail paie toujours plus et ceux dont le même travail ne leur permet plus de vivre.

Nous avons les clés pour éviter collectivement qu’une telle prophétie ne se réalise si nous faisons la preuve de notre sens des responsabilités partagées. Je crois le patronat tout à fait disposer à cela ; ouvert à bâtir avec l’ensemble des forces vives du pays le nouveau contrat civique et social que les Français appellent de leurs vœux.

 

Bruno MILLIENNE, Député des Yvelines

Vice-président du Groupe MoDem et apparentés