TRIBUNE : Systématiques, amnésiques et sans inspiration : les tristes visages de l’opposition.
TRIBUNE : Systématiques, amnésiques et sans inspiration : les tristes visages de l’opposition.

L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017 a révolutionné le monde politique français, reléguant d’un coup dans l’opposition tous les partis traditionnels, dits « de gouvernement ». 

Ces partis, déstabilisés par ce changement de paradigme et la disparition soudaine des affrontements habituels ont été incapables depuis 3 ans de s’adapter à cette nouvelle donne. Face au « nouveau monde », les oppositions sont restées dans l’ancien, usant éhontément des mêmes méthodes éculées et vociférant devant chaque micro tendu comme si rien ne s’était passé avant 2017, comme s’ils ne s’étaient pas tour à tour partagés le pouvoir depuis 40 ans. 

Cette forme d’opposition est d’autant plus insupportable quand elle essaie de tirer un gain politique des crises graves que traverse notre pays aujourd’hui, à commencer, l’actualité nous le rappelle malheureusement trop souvent, par la menace terroriste.

Comment les responsables de droite peuvent-ils s’insurger d’un hypothétique laxisme du gouvernement en termes de sécurité alors même que le mandat du dernier Président issu de leurs rangs a vu non seulement les effectifs de police et de gendarmerie fondre de 10 000 unités mais aussi le renseignement intérieur être démantelé ? Comment peuvent-ils dénoncer une immigration incontrôlée quand le nombre de reconduites à la frontière, même en période de crise sanitaire, atteint 18 000 par an depuis 2017 contre 12 000 entre 2007 et 2012 ? Comment osent-ils invoquer l’impuissance de la justice alors que l’ancienne garde des sceaux de 2007 à 2009 (et potentielle candidate de la droite en 2022) n’a eu de cesse de démanteler la justice de proximité ? Ces erreurs stratégiques majeures, la majorité actuelle les répare patiemment, en recréant 10 000 postes dans la police et la gendarmerie, en améliorant les conditions de travail et de rémunération des agents, en réarmant le renseignement (330 postes de plus en 2021), en augmentant le budget de la justice dans une proportion jamais atteinte depuis 30 ans. Peu importe, la droite reste enfermée dans ses postures politiciennes…  

Et que dire de la crise sanitaire sans précédent que nous traversons ? Plus les échéances électorales approchent, plus les coups bas pleuvent de toutes parts, gauche et droite confondues : les uns oubliant que la mise en place des 35 heures à considérablement déréglé l’organisation de l’hôpital public, les autres n’ayant rien fait, malgré bien des promesses, pour remettre sur les rails un système de santé qui n’a cessé de s’affaiblir depuis le début des années 2000. Il a fallu attendre le Ségur de la Santé de juillet dernier pour qu’enfin des mesures fortes soient annoncées à destination des soignants et des établissements de santé, cela n’avait jamais été fait depuis 20 ans. Droite et gauche n’ont aussi pas de mots assez durs sur la gestion des stocks de masques par le gouvernement, or, si celle-ci a sans doute été par moment défaillante, l’honnêteté intellectuelle devrait obliger ces responsables à préciser que la doctrine qui a conduit à la situation que l’on a connue en mars a été proposée en 2011 sous la présidence de M. Sarkozy et mise en œuvre en 2013 sous celle de M. Hollande. 

Depuis le mois de septembre, nous subissons une deuxième vague d’une ampleur que personne, en France comme en Europe, n’avait vu venir. Partout sur le continent, de nouvelles restrictions sont prononcées. Cette crise exceptionnelle, internationale, inédite, devrait par conséquent appeler les oppositions à une certaine prudence – oserais-je dire à une certaine bienveillance ? – dans le commentaire des décisions prises par l’exécutif, l’une et l’autre n’empêchant bien sûr pas la critique autant que possible constructive. Il s’agit là du minimum de responsabilité que l’on est en droit d’attendre d’élus de la République. Malheureusement, certains, espérant sans doute glaner quelques voix en attisant la colère et la peur d’un certain nombre de nos concitoyens, semblent avoir totalement oublié les responsabilités qui sont les leurs. Je pense notamment à ces chefs de file de la droite qui n’ont de cesse de dénoncer un gouvernement dans l’improvisation, dans l’impréparation, dans l’approximation, voire dans la panique. Ils osent même faire le procès au gouvernement d’abandonner les Français alors que la France est sans doute le pays au monde où les habitants et les entreprises sont le mieux protégés contre la perte de revenu. Quelle indignité ! Que dire aussi de cette sénatrice socialiste du sud de la France qui n’a rien trouvé de mieux à faire que d’appeler ses administrés à la « résistance » contre les mesures de fermeture de restaurants imposées par le gouvernement ? Jusqu’à quelle indécence la recherche du retweet et de la formule choc nous conduira-t-elle ? Comment ne pas enfin évoquer le ridicule de l’ensemble de ces responsables des oppositions qui, après avoir hurlé à l’absence de concertation et au déni de démocratie pendant les premiers mois de la crise (malgré de nombreux votes et des dizaines d’heures de débat au Parlement), se pressent devant les caméras à la sortie d’une réunion de concertation avec le Premier ministre pour se plaindre qu’aucune décision n’ait été annoncée… S’opposer pour s’opposer, sans recul, sans réflexion, sans l’ombre d’une proposition.

Nouvelle arrivée dans l’opposition depuis 2017, la France insoumise n’est pas en reste. Elle ne poursuit qu’un seul et unique but, fracturer un peu plus le pays, attiser les tensions, souffler sur les braises et essayer d’en récupérer quelques miettes électorales. Qu’il s’agisse d’un soutien à peine voilé au franges les plus violentes des gilets jaunes ou des manifestants contre les retraites, d’une haine anti-flics sans cesse rabâchée ou encore d’une compromission coupable avec certains ennemis de la République, la France insoumise n’a de cesse de quitter peu à peu le champ républicain. Pouvions-nous cependant attendre autre chose d’un parti qui a refusé d’appeler clairement à faire barrage à l’extrême droite en 2017, qui n’a pas hésité à faire élire une députée qui défend le droit de « niquer la France » mais a beaucoup plus de mal à dire « vive la France » sur un plateau, ou bien encore qui a pour leader un député qui n’hésite pas à intimider violemment des policiers et un juge ? Au-delà de l’outrance des propos, de la violence des mots et parfois des actes, les fidèles de M. Mélenchon ont fait le choix du populisme le plus primaire, à tel point qu’on peine aujourd’hui à distinguer leur discours de celui de l’extrême-droite. Pas à un clientélisme près, LFI ajoute aujourd’hui le clientélisme sanitaire au clientélisme religieux : c’est bien simple, ses députés ont voté contre tous les textes permettant au gouvernement de mettre en place les mesures exceptionnelles décidées depuis mars (hormis, et il faut signaler cet éclair de lucidité, la première loi de finance rectificative). Il n’aurait donc fallu, selon eux, ni mettre en place l’état d’urgence, ni le proroger, ni confiner, ni déconfiner, ni élargir les aides apportées par l’Etat aux entreprises et aux travailleurs dont ils osent se revendiquer les porte-voix…  

Je voudrais donc rassurer tous ces responsables politiques : l’unité nationale contre le virus ne fera pas de vous des macronistes en puissance, juste des élus responsables qui s’honoreraient à faire front, aux côtés du gouvernement et des Français, face à la crise la plus grave à laquelle notre pays est confrontée depuis la Seconde guerre mondiale. N’ayez aucune crainte, le temps du débat démocratique et de la confrontation constructive des idées ne manquera pas d’arriver. En serez-vous seulement encore capables ?  

 

Bruno MILLIENNE

 

Une séance dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale – © Assemblée nationale