TRIBUNE : Fêtons ensemble toutes les formes de vie
TRIBUNE : Fêtons ensemble toutes les formes de vie

En tant que Président de l’ Agence Régionale de Biodiversité d’Île-de-France , j’ai cosigné cette tribune qui appelle à « fêter ensemble toutes les formes de vie », à l’occasion de la journée mondiale de la biodiversité le 22 mai, et de la fête de la nature du 19 au 23 mai.

Plant TRIBUNE. Fêtons ensemble toutes les formes de vie (lejdd.fr)

Voici la tribune :

« Au printemps dernier, nous avons vu et entendu dans les villes des choses étranges. Une couvée de canards traversant la rue. Un renardeau au soleil. La délicate note de flûte du hibou petit-duc, la nuit dans la cime d’un platane. Un premier vol de bourdon étourdi de pollen dans les fleurs du square. Le confinement avait levé un peu de la pression excessive que nous exerçons sur la nature, qui profitait ainsi d’un entrebâillement de liberté retrouvée. Mais il se peut aussi qu’alors, avides de la même liberté dans les courtes promenades de notre réclusion, rendus plus attentifs au vivant qui nous entoure, nous l’ayons mieux regardé, écouté.

Ce printemps, on nous engage à prendre l’air. Plus de limite à nos temps de sortie, tant que nous sommes rentrés pour le couvre-feu. Une distance autorisée relativement large, à pied ou à vélo. Et on nous annonce que c’est dehors, aux terrasses, que restaurants ou bars nous accueilleront dans quelques semaines. Il y a là une occasion à saisir. Profitons de cet appel à sortir pour éveiller, puis pour nourrir l’attention, la curiosité et l’empathie que méritent ces formes de vie qui nous entourent sans que nous en soyons toujours conscients, et avec qui nous sommes liés par tant d’échanges invisibles.

Les lanceurs d’alerte font leur travail, ils nous préviennent que nous allons entrer, que nous sommes même déjà entrés dans cette sixième crise de la biodiversité qui menace de disparition des millions d’espèces de plantes et d‘animaux, qui effrite le tissu vivant de la planète en faisant s’effondrer les effectifs d’oiseaux, la quantité d’insectes. Qui met en cause notre santé, voire notre survie. Et dont nous sommes responsables. Pour la plupart d’entre nous, ce sont des choses théoriques, sans réalité. Il y a dans les champs moitié moins d’alouettes qu’il y a vingt ans, mais qui va écouter chanter celles qui restent?

La nature n’est jamais lointaine, n’est que très rarement hostile, n’est pas seulement en crise

Les rythmes de vie, les écrans ont distendu les relations quotidiennes, nécessaires, que vivaient, avec leurs voisins animaux et végétaux, les plus âgés d’entre nous. Parfois brutales, souvent injustes, mais concrètes. Dans un monde déréalisé, nous sommes nombreux à avoir perdu ce contact avec le vivant, même si quelques-uns ont su en garder le goût et la pratique. Le moment est peut-être venu de nouer de nouveaux liens. La nature n’est jamais lointaine, n’est que très rarement hostile, n’est pas seulement en crise. C’est notre nourriture, notre abri… et même notre flore intestinale.

Nous pouvons aussi y trouver émerveillement, bonheur. Nous n’en aurons que plus d’intelligence pour tenter de la comprendre, de conviction pour agir et contribuer à préserver son équilibre, son dynamisme! La fraternité qui unit tous les êtres vivants mérite d’être vécue. Employons au mieux cette liberté paradoxale que nous consentent les contraintes pour nous asseoir dans l’herbe, pour apprendre à reconnaître le chant des oiseaux, participer aux balades- découverte que continuent de proposer les associations naturalistes, ou aux programmes de science citoyenne que nourrissent les grands organismes scientifiques.

Et, à l’occasion de la journée mondiale de la biodiversité, le 22 mai prochain, et de la fête de la nature du 19 au 23 mai, fêtons ensemble toutes les formes de vie! Avec les autres membres de la société du vivant, recommençons à nous fréquenter! »